logo

Jeudi 24 Août 2017

Accueil Histoire de la commune
Ôde à Malbuisson
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

 

Avez-vous quelquefois rêvé de cueillir en vos yeux, d'un seul coup, dans toute la gloire d'un beau matin d'été, le plus magnifique, le plus doux et le plus sensible des paysages ? Faut-il à votre âme harassée de soucis, à votre organisme accablé de la fièvre de la ville, une symphonie parfaite des bois et des eaux, le versant sans raideur des paisibles pâturages, le bercement des sonnailles, la tranquillité parfumée de l'odeur saine des foins ? En un mot, voulez-vous trouver ce repos intégral des champs, cet oubli sur la rive fraîche que les poètes de tous les temps ont chantés et qui plus que jamais s'imposent maintenant que le progrès nous écrase ?

Venez alors à Malbuisson. Partez en toute confiance vers les gradins supérieurs du Jura où dans sa combe harmonieuse s'enchâsse la perle du Haut-Doubs : le lac Saint-Point.

 

À l'aube, poussant vos volets, et votre réveil salué par le trille guttural du rossignol, vous verrez sur la longue et paresseuse coulée du lac s'étendre un léger et long nuage, sorte d’encens sans qui va tout à coup s’enlever au ciel pur et vous assurer d'une splendide journée. Puis, dans une atmosphère limpide, les détails du paysage vous apparaîtront et vous séduiront peu à peu : les barques de toutes les couleurs les plus vives, où depuis l'aube les pêcheurs s'attaquent aux brochets nombreux dont la chair succulente sera tout à l’heure la joie de votre repas de famille ; enfin, le rivage où se trempe commune lourde draperie d’émeraude  moirée la sombre verdure des prés-bois. Ça et là, au loin, à l'appel des pâtres, les troupeaux communaux font tinter leurs clochettes, concert dont vous ne vous lacerez jamais. Des fermes sont écrasées sous leur auvent immense et qui traînent jusqu'au sol pour bien les abriter durant le long hiver. Enfin, c'est la crête dentelée de l'horizon forestier presque noir, avec des reflets roux par endroits sous la caresse timide encore du soleil levant. Et par-dessus le tout, c'est le beau ciel bleu de Franche comté capable de rivaliser avec celui de Touraine, où plane quelque buse presque immobile en poussant de temps à autre son cri rauque.

 

Maintenant, vous sortez pour flâner, le coût libéré du faux col, les bras nus. Le facteur vous apporte votre courrier. Il a l'accent du terroir. Il vous déclare « qu'il veut faire beau temps » mais qu'il fera « bien assez » chaud. Vous vous sentirez tout de suite à moitié du pays et vous comprendrez déjà quelque chose à cette étrange parenté qui, pour un certain temps encore, espérons-le, lie les habitants de nos provinces à leur sol natal.

Vous rencontrerez le char qui revient du champ surchargé d'herbage traînant à terre et précédé du brave homme qui le conduit en bras de chemise, la fourche à deux dents sur l'épaule, couvert du chapeau rond comtois poussiéreux.

Vous pourrez retrouver vos amis en un hôtel de premier ordre justement réputé, l'Hôtel du Lac. C'est que nous sommes ici au pays de la succulente cuisine et que nous nous défions bien qui que ce soit de concurrencer nos croûtes aux morilles, nos truites savoureuses ou nos quenelles et volailles.

Vous trouverez aussi des hostelleries des plus confortables, voir de bonnes vieilles auberges du temps jadis où l'on est si bien accueilli, des pensions de famille charmantes.

Entrer chez nos artisans. Ils seront heureux de votre visite. Vous verrez comme ils savent travailler le bois et le fer. C'est qu'ils ont de qui tenir. Une longue tradition familiale les a perfectionnés. Voyez-les en particulier fabriqué ces barques gracieuses qui feront vos délices pour traverser le lac ou tenter vos chances à la pêche.

Êtes-vous sportifs ? Voici des tennis bien entretenus qui vous attendent.

Préférez-vous la promenade ?

Vous n'aurez que l'embarras du choix.

À pied, vous avez tout auprès la visite de la Source bleue où Berthe de Joux laissa tomber jadis, paraît-il, une larme d'azur alors que son chevalier s'en allait aux Croisades.

Ou parcourez-la forêt. Des sentiers commodes, tapissés d'aiguilles de sapin, vous conduisent au long des ténébreuses colonnades enlacées de lierres où le soleil ne pénètre que par rayons poudrés d'insectes. Ici c'est la grande paix. Un susurrement léger, celui des hautes cimes, vous semblera une éternelle prière de la nature en votre faveur. Fraises ou framboises, myrtilles, ne demandent qu'à être cueillies au passage.

Préférez-vous la fontaine intermittente ? C’est une petite excursion de trois heures à pied. Vous vous amuserez à voir les bouillons chantés par Demesmay et leur silence, et le retour rythmé avec la fuite précipitée de l'eau cristalline parmi les cressons.

La rive du lac vous tente-t-elle ? Des sentiers et chemins avec bancs pour faire halte au passage et reprendre haleine sur les pentes sont ménagés au long de circuit bien étudiés.

Traverser le lac. Aux Granges-Sainte-Marie, à Saint Point, aux Grangettes, à Chaon, partout vous pourrez trouver de nouveaux séjours et faire connaissance avec mille aspects nouveaux de nos pâtures et de nos clairières. Vous verrez exploiter nos sapinières. Vous sentirez au cœur ce choc inexprimable qu'imprime dans sa plainte suprême le sapin géant abattu sur la famille qui pousse autour de lui. Puis vous verrez traîner nos longs « plots » jusqu'aux scieries par nos bœufs écumants, appuyés l'un sur l'autre en oblique sous le joug.

Si vous savez du courage, partez le soir et grimpez au Mont d'or attendre, dans un chalet rustique, le lever imposant du soleil sur les roses alpines.

Comme vos journées passeront vite et sans inquiétude ! Vous avez deux médecins sous la main : un à Malbuisson, un à Labergement Sainte Marie, tout près. Vos enfants seront soignés tout de suite en cas d'incident.

Il existe une société des amis de Malbuisson, dont vous devez faire partie, où vous exprimerez vos désirs.

Une municipalité renouvelée a compris tout l'avenir touristique de Malbuisson. Et elle a créé une Commission éclairée qui élabore un plan d'avenir et que des gens qualifiés développeront sur place toute l'année dans un esprit réaliste et moderne, mais avec le respect des sites et le goût des traditions locales.

  C'est ainsi qu'une organisation d'hiver est amorcée qui, dès cette année, offrira d'intéressantes possibilités..

Nos pentes se prêtent admirablement au ski. Malbuisson est à 900 mètres et durant les mois de janvier, de février et mars on n'y voit généralement un enneigement de 50 cm. Mais à défaut, le plateau du fort Saint-Antoine qui domine immédiatement Malbuisson et dont l'altitude est de 1050 m, offre toute garantie.

Le chemin stratégique qui descend du plateau au village permettra la mieux conditionnée des pistes de bobsleigh. Enfin, s'il ne faut guère songer au lac qui gèle irrégulièrement sous la poussée du vent ou qui se recouvre de neige plus ou moins consistante, on travaille à la constitution, en plein Malbuisson, d'une patinoire offrant toute sécurité et dont les dimensions et l'aménagement permettront le jeu de hockey.

Et maintenant si vous quittez à regret le pays au moment même où se terminent les vacances, où il revêt sa magnifique parure d'automne, où les fûts de sapins s’empourprent aux feux horizontaux du soleil couchant sous leurs lourds rameaux abaissés, où la rouille attaque les taillis où les noisettes sont aussi délicieuses au hasard des prés-bois, où le soir vient vite, comme un manteau, vous faire retourner au logis, vous pouvez laisser un peu plus longtemps vos enfants à Malbuisson.

Vous pouvez même les laisser là tout l'hiver. Ne vous inquiétez pas pour leurs études. D'abord parce que de 2 ou 3 mois sont vite rattrapés, parce que le bénéfice de leur développement est certain, parce qu'il existe sur place des moyens d'instruction. Deux établissements d'enfants, confortables, deux  familles les recevront où ils trouveront père et mère d'adoption, auquel vous pourrez en toute quiétude les laisser et auquel vous les  rendrez bientôt pour d'autres vacances hors de cette atmosphère de la grande ville qui flétrit jusqu'aux arbres sous ses vapeurs délétères. N'oubliez pas que le développement infantile est décisif et que la santé est la condition vitale indispensable dans les temps difficiles que nous abordons.

 

Et puis quand vous serez venus une première fois, vous compterez parmi les nôtres. Car ici le rocher, le sapin, le lac, ont des voix qu'on ne peut plus oublier. Vous y voudrez, je vous l'assure, à votre tour votre Tibur et vous direz comme l’ami de Mécène : « Ce coin de terre de Malbuisson me  sourit. C'était mon vœu de trouver un rivage paisible sous de frais ombrages, de m'étendre et de ramper en paix dans l'herbe haute, sous la forêt. » Sans compter, n'est-ce pas et surtout, que ce magnifique trésor est en France.

 

Docteur Rouch. Le Pays Comtois, numéro 68, 20 juillet 1935.


 

 


 

La Météo


Un p'tit coup d'oeil

  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons
  • Magique en toutes saisons

Publicité




Animé par Joomla!. Site géré par IDNet Service.